Nouveaux formats, nouvelles textures, nouveaux marchés… Depuis déjà plusieurs années, la protection solaire connaît une très forte dynamique d’innovation. Entre le mouvement de « sunification » des soins, la révolution formulatoire et la conquête de nouveaux territoires géographiques, le SPF occupe désormais une place centrale dans la stratégie des acteurs de la beauté.
Le marché mondial des crèmes solaires pesait 7,86 milliards de dollars en 2025 et devrait atteindre 13,07 milliards d’ici 2035, avec un taux de croissance annuel composé de 5,2%, selon Market Growth Reports. Au-delà d’une simple expansion de marché, le segment de la protection solaire vit une véritable transformation en profondeur des usages, des formules et des codes. Aujourd’hui, le SPF n’est plus un actif de protection, il est devenu un territoire d’innovation à part entière, où formulation, sensorialité et marketing se réinventent de concert.
La « sunification » : quand le SPF fait partie intégrante du soin
La « sunification » est la tendance la plus structurante des dernières années. Elle se traduit par une intégration progressive de la protection solaire à toutes les catégories du soin et du maquillage. Bien plus qu’un argument de vente, le SPF s’est ainsi imposé comme un bénéfice attendu par les consommateurs.
Aujourd’hui, la frontière entre crème de jour, fond de teint et écran solaire ont presque totalement disparu. Les SPF hybrides cumulent, en effet, des fonctions diverses, telles que l’hydratation, l’effet glow, l’unification du teint, le lissage des pores ou encore une action anti-pollution…
En termes de formulation, le principal enjeu est de trouver le parfait équilibre entre la performance photochimique et les attentes sensorielles et cosmétiques d’un consommateur qui refuse désormais de choisir entre efficacité et plaisir d’application. Pour répondre à cette demande forte, nous assistons à une diversification des formats avec des produits adaptés à une application pratique et rapide, idéale pour un usage urbain quotidien.
Nouvelles textures : le règne de la sensorialité
La protection solaire innove et se réinvente pour proposer des textures inédites, voire insolites. Au cœur de cette révolution, on retrouve la sensorialité qui doit non seulement rendre l’application agréable, mais également inciter les consommateurs à renouveler l’application et à respecter les recommandations en la matière.
Dans cette continuité, plusieurs nouvelles textures font leur apparition sur le marché. En provenance du marché américain, la crème fouettée, à la texture légère, aérienne et facile à appliquer, redéfinit l’expérience d’application du SPF et fait de plus en plus d’adeptes.
En parallèle, cette quête de texture optimale repose sur des solutions formulatoires de plus en plus sophistiquées. Parmi elles, on retrouve la cellulose microcristalline, qui, associée à la gomme de cellulose, joue un rôle clé dans la formulation solaire contemporaine. Son effet thixotrope facilite l’étalement des crèmes solaires et permet la production de brumes fines et homogènes. Stabilisant de formule polyvalent, il est compatible avec différentes galéniques, visage et corps.
Les poudres sensorielles à base de cellulose microcristalline apportent quant à elles une réponse à l’un des freins les plus persistants à l’adoption quotidienne du SPF : l’effet collant et brillant au toucher. En améliorant la douceur au toucher et en apportant un effet matifiant, ces poudres permettent aux formules de s’intégrer plus naturellement dans une routine beauté sans dégrader le confort cutané. Elles permettent aussi de structurer les formats solides. Par exemple, en apportant de la tenue aux sticks solaires tout en limitant les risques de craquement, elles ouvrent la voie à des galéniques solides plus robustes et plus agréables à l’usage.
Sprays, sticks, poudres : la montée des formats alternatifs
De plus en plus, les formats dits alternatifs s’imposent sur le marché de la protection solaire. Les sprays séduisent par leur praticité et leur facilité de réapplication. Les sticks solides, longtemps cantonnés aux zones sensibles comme le contour des yeux ou les lèvres, sont aujourd’hui adaptés à une application sur le visage entier. Les poudres solaires, encore confidentielles, attirent l’attention des formulateurs pour leur capacité à se superposer au maquillage sans l’altérer. Elles ont ainsi vocation à adresser des freins majeurs à la réapplication du SPF en journée.
Nouveaux marchés : Asie-Pacifique, Moyen-Orient, Afrique
L’Asie-Pacifique est en passe de devenir la première région mondiale en termes de revenus sur le marché solaire d’ici 2030, tandis que la croissance la plus significative est enregistrée en Afrique et au Moyen-Orient. Ces marchés émergents présentent des caractéristiques spécifiques qui imposent de repenser les stratégies de formulation et de communication. En Afrique subsaharienne et au Moyen-Orient, la demande porte prioritairement sur des SPF compatibles avec les peaux foncées, sans effet blanchissant, et adaptés à des conditions climatiques extrêmes : chaleur intense, humidité élevée ou, à l’inverse, environnements très secs.
En Asie du Sud-Est, la culture de la protection solaire est déjà bien ancrée portée notamment par des marchés comme la Corée du Sud, le Japon ou Singapour. Néanmoins, elle se sophistique rapidement avec des consommateurs en avance sur les tendances mondiales en matière de texture, d’hybridation et de bénéfices multifonctionnels. Très souvent, c’est sur ces marchés que les formules les plus innovantes trouvent souvent leur premier terrain d’adoption, avant leur diffusion sur les marchés occidentaux.
SPF capillaire et lèvres : les nouvelles frontières de la photoprotection
Longtemps négligés, le cuir chevelu, les cheveux et les lèvres font pourtant partie des zones les plus exposées au rayonnement UV. Depuis quelques années, les marques s’intéressent à cet angle mort et proposent dorénavant des produits dédiés.
Du côté des soins capillaires, l’intégration du SPF répond à une double demande : protéger le cuir chevelu, particulièrement exposé lors des activités en extérieur, et prévenir les dommages oxydatifs sur la fibre capillaire elle-même — décoloration, fragilisation, perte d’éclat. Les formules capillaires SPF se déclinent en sprays légers, huiles sèches et sérums sans rinçage… Autant de formules et de formats pensés pour s’intégrer à une routine de coiffage sans alourdir la fibre ni laisser de résidu gras. Le principal enjeu en termes de formulation consiste à concilier la protection UV efficace, la compatibilité avec des surfaces non cutanées, la légèreté sensorielle et la stabilité dans des formules qui doivent résister à la transpiration, à l’eau et à la chaleur des outils coiffants.
Si le baume à lèvres protecteur existe depuis longtemps, la nouvelle génération va bien au-delà de l’intégration du simple filtre UV. Aujourd’hui, ces produits intègrent des actifs hydratants et repulpants, des finitions glossy ou teintées.
Le SPF premium : la montée en gamme du SPF
Longtemps associé à des formules fonctionnelles, mais peu désirables sur le plan expérientiel, le SPF est au cœur d’un repositionnement tarifaire et éditorial. Les SPF hybrides haut de gamme, formulés avec des actifs de soin de luxe, conditionnés dans des packagings soignés et positionnés à des prix comparables à ceux des crèmes de jour premium, répondent à une attente claire. En effet, un consommateur qui accepte de payer 80 à 150 euros pour sa crème hydratante ne veut plus se contenter d’un écran solaire basique par-dessus. Il veut un produit qui soit à la hauteur de l’ensemble de sa routine, en termes de texture, de performance et d’expérience. Pour les marques, ce repositionnement ouvre une opportunité de valeur considérable : en faisant du SPF un produit désirable à part entière, elles transforment une contrainte réglementaire et sanitaire en argument de différenciation et de fidélisation.
La photoprotection se réinvente sur tous les fronts simultanément : la formulation, avec des textures nouvelles et des ingrédients plus performants ; les formats, avec une diversification qui répond à des usages de plus en plus variés ; les marchés, avec une expansion vers des géographies jusqu’ici sous-adressées ; et le positionnement, avec une montée en gamme qui transforme le SPF en produit de désir. Prochaine étape : convaincre les derniers récalcitrants que protéger sa peau du soleil n’est pas une contrainte, mais un geste de soin à part entière.
