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26 février 2026

PFAS : Enjeux sanitaires, environnementaux et évolutions réglementaires pour le secteur cosmétique 

7 min de lecture
PFAS : enjeux sanitaires, environnementaux et évolutions réglementaires pour le secteur cosmétique - The Beauty Analyst
Image : Canva

Cet article s’inscrit dans le cadre de notre partenariat éditorial avec Cosmébio, l’association de référence de la cosmétique biologique et naturelle. Ensemble, nous avons pour objectif d’apporter aux professionnels du secteur un éclairage expert sur les enjeux de la cosmétique bio et naturelle, ses spécificités réglementaires et ses défis stratégiques.

Les PFAS (substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées) constituent une grande famille de plus  de 10 000 substances chimiques créées par l’Homme dans les années 1950 afin d’offrir des propriétés  de résistance à l’eau et au feu. Emballages alimentaires, textiles, poêles à frire …et même les cosmétiques : elles sont omniprésentes. 

En raison de leur très forte persistance environnementale, elles sont souvent qualifiées de « polluants  éternels » et font l’objet d’une attention croissante des autorités sanitaires, des régulateurs et des  médias.

Les PFAS dans les produits cosmétiques

100% issues de la pétrochimie, les PFAS sont totalement interdites dans les cosmétiques bio. Alors, pourquoi sont-elles utilisées dans les cosmétiques conventionnels ? Quels sont les risques  associés ? 

Pourquoi les PFAS sont utilisées dans les cosmétiques conventionnels ? 

Certaines PFAS peuvent être utilisées en tant qu’ingrédients dans certains produits cosmétiques tels  que les poudres de maquillage, les mascaras, les soins anti-âge ou encore les fonds de teint. 

Elles sont notamment utilisées afin de faire durer plus longtemps les produits, préserver leur couleur  ou encore les rendre résistants à l’eau.

Comment identifier les PFAS dans les listes INCI ? 

Leur présence dans un produit cosmétique se vérifie en lisant la liste INCI des produits cosmétiques.  Aussi, les principaux PFAS que vous pouvez retrouver sont les suivants : 

• PTFE 

• PERFLUORODECALIN 

• PERFLUORONONYL DIMETHICONE 

• POLYPERFLUOROMETHYLISOPROPYL ETHER 

• METHYL PERFLUOROISOBUTYL ETHER 

• PERFLUOROHEXYLETHYL TRIETHOXYSILANE 

• PERFLUOROHEXANE • POLYPERFLUOROETHOXYMETHOXY DIFLUOROETHYL PEG PHOSPHATE

Quels sont les risques associés aux PFAS ? 

  • Des risques environnementaux 

Les PFAS se caractérisent par la présence de liaisons carbone-fluor, qui comptent parmi les liaisons  chimiques les plus stables et donc les plus fortes – ainsi, elles se dégradent très peu dans  l’environnement. C’est aussi la raison pour laquelle elles sont surnommées les « polluants éternels ». 

Une fois émises dans l’environnement, elles y restent et peuvent être transportées sur de très longues  distances : on les retrouve aujourd’hui dans tous les compartiments environnementaux (eau, air, sol),  y compris chez certaines espèces animales éloignées de toute activité industrielle. 

  • Des risques sanitaires 

Les PFAS s’accumulent chez l’Homme et tous les organismes vivants à travers l’alimentation et l’eau. La  plupart des PFAS sont à la fois lipophobes et hydrophobes et vont donc s’accumuler préférentiellement  dans le sang ou les organes. 

L’analyse des prélèvements sanguins effectués sur un panel important de femmes enceintes a montré  que 100% des échantillons analysés présentaient des concentrations significatives de PFAS[1]. Cette  même étude a aussi révélé que plus le taux de PFAS dans le sérum maternel était important et plus le  poids à la naissance était faible et il en va de même pour le petit périmètre crânien de ces bébés. 

D’un point de vue général, la toxicité humaine des PFAS peut s’exprimer à différents niveaux : 

• Effets sur la thyroïde et le foie, 

• Effets sur le système nerveux (autisme, hyperactivité,), 

• Effet sur le système reproductif (baisse de la fertilité,) 

• Potentiel Cancérigènes 

• Perturbateurs endocriniens 

• Effets sur le système immunitaire des jeunes enfants (allergies, asthme,)

Cadre réglementaire applicable aux PFAS dans les produits cosmétiques 

Aujourd’hui l’utilisation de certaines PFAS est fortement encadrée par diverses réglementations ayant  pour ambition de se durcir dans les années qui viennent. Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie  globale visant à réduire la présence des PFAS dans l’environnement et l’eau potable 

Cadre international

La Convention de Stockholm (ONU,2001) [3], qui encadre les Polluants Organiques Persistants (POP),  interdit certains PFAS aux pays signataires, dont l’Union Européenne : 

• PFOS (acide perfluorooctanesulfonique) depuis 2009 

• PFOA (acide perfluorooctanoïque) depuis juillet 2020 

• PFHxS (acide perfluorohexanesulfonique) depuis juin 2022.

Cadre européen :  

A- Le règlement (CE) n°1223/2009 relatif aux produits cosmétiques [2] 

Le PFOA ainsi que de nombreux autres ingrédients perfluorés sont interdits dans les produits  cosmétiques depuis juin 2020 (entrées n° 1493, 1561 et 1636 de l’annexe II du règlement (CE)  n°1223/2009 relatif aux produits cosmétiques)

B- Règlement REACH (CE) n°1907/2006  

Le règlement REACH (CE) n°1907/2006 (règlement qui sécurise la fabrication et l’utilisation des  substances chimiques dans l’industrie européenne) place les PFAS comme prioritaire dans sa gestion  des risques.  

⮚ La Commission Européenne a adopté le règlement (UE) 2024/2462 [4], imposant une  restriction sur l’utilisation de l’acide undécafluorohexanoïque (PFHxA), ses sels et les  substances apparentées (un sous-groupe des PFAS ayant souvent servi à la substitution du  PFOA). Les limites de concentration sont fixées à 25 ppb pour le PFHxA et ses sels, et à 1000  ppb pour les substances apparentées au PFHxA dans ces produits.  

Pour l’industrie cosmétique, cette mesure est entrée en vigueur le 10 octobre 2024 avec une période  de transition de 24 mois accordée, soit jusqu’au 10 octobre 2026 pour se mettre en conformité.  

⮚ Le 22 mars 2023 [5], l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) a lancé une  consultation publique sur une proposition de restriction visant plus de 10 000 PFAS, transmise  par les autorités du Danemark, de l’Allemagne, des Pays-Bas, de la Norvège et de la Suède.  Cette consultation, qui a recueilli plus de 5 600 contributions, a conduit à la publication, le 20  août 2025, d’une version actualisée de la proposition. Si l’objectif demeure un retrait progressif  des PFAS, l’approche s’oriente désormais vers des restrictions ciblées, avec des dérogations  envisagées pour certains secteurs sans alternatives viables. Début 2026, les comités  scientifiques de l’ECHA (RAC et SEAC) finalisent leurs avis, notamment pour le secteur  cosmétique, avant une proposition législative attendue de la Commission européenne. 

Les seuils actuellement envisagés sont les suivants : 

• ≤ 25 ppb par PFAS (hors polymères) 

• ≤ 250 ppb pour la somme des PFAS (hors polymères) 

• ≤ 50 ppm de fluor total dans un article (incluant les polymères) 

  • Cadre Français 

⮚ La loi n° 2025-188 [8] du 27 février 2025 interdit depuis le 1er janvier 2026, de fabriquer,  importer, exporter ou mettre sur le marché des produits cosmétiques (et autres types de  produits) contenant des PFAS. Cette mesure s’applique sans distinction entre présence  intentionnelle ou non, couvrant l’ensemble des PFAS répondant à la définition reprise par  REACH.

Le décret n° 2025-1376 [9] du 28 décembre 2025 précise les modalités opérationnelles : 

• Seuils : Alignement sur les seuils actuellement envisagés dans la proposition de restriction de  l’ECHA 

o ≤ 25 ppb par PFAS mesuré par une analyse ciblée (hors polymères) 

o ≤ 250 ppb pour la somme des PFAS mesuré comme la somme des analyses ciblées (hors polymères) 

o ≤ 50 ppm de fluor total dans un article (incluant les polymères) 

En cas de dépassement de la limite de fluor total, la charge de la preuve incombe à l’opérateur  économique (fabricant, importateur ou distributeur). Sur simple demande des autorités, celui-ci devra  démontrer, via des analyses complémentaires, si le fluor détecté est issu de substances PFAS ou de  composés non-PFAS. 

• Transition : Les produits fabriqués avant le 1er janvier 2026 bénéficient d’un délai de 12 mois (soit jusqu’au 31 décembre 2026) pour être écoulés. Passé ce délai, il sera interdit de mettre  ces produits sur le marché ou de les exporter. 

• Evolutions possibles : les seuils actuels ne sont pas figés. Ils seront révisés en fonction des  avancées et des mises à jour des règlements européens REACH et POP, garantissant ainsi un  alignement constant sur les standards de l’UE. 

Conclusion 

Les PFAS soulèvent des préoccupations majeures en matière de persistance environnementale, de  bioaccumulation et d’effets sanitaires potentiels. Dans ce contexte, le cadre réglementaire évolue, avec  un renforcement des restrictions. 

Pour les acteurs du secteur cosmétique, ces évolutions impliquent une vigilance accrue sur la  composition des formules, la maîtrise de la chaîne d’approvisionnement et l’anticipation des futures  obligations réglementaires. 

Depuis la création du label Cosmébio en 2002, les cosmétiques biologiques excluent les PFAS, reflétant une démarche historique de précaution et d’engagement pour l’environnement. 

Cosmébio est l’association française de la cosmétique bio. Elle a vu le jour en 2002 et réunit aujourd’hui plus de 480 sociétés. Toutes s’engagent à respecter les principes fondateurs de la Charte Cosmébio. Les garanties du label Cosmébio concernent chaque étape du cycle de vie d’un cosmétique : origine des matières premières, pour encourager un approvisionnement éthique et durable ; procédé de transformation doux et non polluant ; fabrication du produit fini (composition propre, emballage, stockage) ; étiquetage transparent et communication responsable. Un contrôle par un certificateur indépendant est obligatoire chaque année pour vérifier la conformité des produits avec tous les critères du label. Environ 16 300 produits et 650 marques sont actuellement concernés par ce label.

Bibliographie: 

[1] K.J. Marks, A.J. Cutler, Z. Jeddy, K.Northstone. Maternal serum concentrations of perfluoroalkyl  substances and birth size in British boys. Intern. J. Hyg. and Envir. Health, vol. 222, 5, 2019, p. 889–895. 

[2] https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/ALL/?uri=CELEX:32009R1223 

[3] https://chm.pops.int/TheConvention/ThePOPs/TheNewPOPs/tabid/2511/Default.aspx [4] https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/ALL/?uri=CELEX:32024R2462 

[5] https://echa.europa.eu/fr/hot-topics/perfluoroalkyl-chemicals-pfas 

[6] https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32020L2184 

[7] https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000021865356

[8] https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051260902

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