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5 octobre 2026

Sylvain Delteil (Perfect Corp) : « Ce n’est pas l’IA qui s’impose aux marques, c’est le client qui impose l’IA »

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Sylvain Delteil (Perfect Corp)  « Ce n'est pas l'IA qui s'impose aux marques, c'est le client qui impose l'IA » - The Beauty Analyst
Image : Perfect Corp

Virtual Try-On, diagnostic de peau, IA, Deep Learning, IA générative, agents conversationnels… Dans le monde de la Beauty Tech, Perfect Corp s’est très rapidement imposé comme un leader en matière d’utilisation de l’IA et de la réalité augmentée. Sylvain Delteil, vice-président du développement commercial Europe chez Perfect Corp, revient sur les évolutions de cet univers et dessine les contours de ce que sera l’IA dans la cosmétique pour ces prochaines années.

Du Virtual Try-On au diagnostic : une évolution logique

Start-up pionnière de la Beauty Tech, fondée il y a une douzaine d’années, Perfect Corp est aujourd’hui une entreprise innovante de plus de 400 collaborateurs, dont plus de la moitié sont des ingénieurs. 

Aujourd’hui, l’entreprise fournit des briques technologiques d’intelligence artificielle et de réalité augmentée aux grandes maisons de cosmétiques, dont, Louis Vuitton LVMH, Chanel, Clarins, Estée Lauder, ou encore Charlotte Tilbury… À l’origine, Perfect Corp s’est construite autour du Virtual Try-On, une technologie qui permet à un consommateur d’essayer virtuellement du maquillage, des lunettes, des bijoux ou des montres depuis son téléphone. Perfect Corp a ensuite développé d’autres solutions, dont des outils de diagnostic de peau basés sur l’intelligence artificielle capable de couvrir un large spectre de critère d’analyse du visage : hydratation, rides, fermeté…  

Le fonctionnement de ce diagnostic de peau repose, plus particulièrement, sur le Deep Learning. Concrètement, les modèles d’IA sont entraînés sur de très grandes bases d’images annotées par des médecins, avec l’objectif d’atteindre un niveau de fiabilité comparable à celui d’un diagnostic médical humain. « Nous considérons que le modèle atteint un niveau satisfaisant lorsque son diagnostic devient au moins aussi fiable que celui d’un médecin, avec environ 70% de concordance selon les situations », précise Sylvain Delteil qui poursuit : « dès lors qu’une caractéristique est visible, scientifiquement définie et reproductible, une machine peut généralement apprendre assez rapidement à l’identifier aussi bien, voire mieux, qu’un être humain. Elle bénéficie aussi d’un avantage considérable : elle peut mémoriser et comparer des milliers et des milliers d’images. », poursuit Sylvain Delteil. L’entreprise propose cette solution de diagnostic éprouvée à de nombreux acteurs de la cosmétique et de la dermo-cosmétique. Ainsi, en 2015, Perfect Corp a collaboré avec La Roche-Posay sur le diagnostic des peaux acnéiques.

Au-delà, travailler avec des marques internationales nécessite de pouvoir proposer des solutions adaptées à toutes les carnations, sans exception. « Vous ne pouvez pas expliquer à une marque internationale que la technologie fonctionnera en Europe, mais pas en Asie parce qu’elle ne sait pas analyser les peaux asiatiques. Les différences physiologiques entre les différentes populations nous imposent également d’élargir constamment les bases d’images pour couvrir toutes les peaux et leurs besoins spécifiques », insiste Sylvain Delteil. 

La technologie développée par Perfect Corp est également utilisée par les marques et les laboratoires pharmaceutiques pour des actions ou des campagnes de sensibilisation. En partenariat avec Pierre Fabre, la société a conçu un outil autour du vitiligo avec un fonctionnement inverse à celui du diagnostic. Cet outil innovant projette virtuellement les manifestations du vitiligo sur le visage pour permettre au grand public de mieux comprendre ce que vivent les personnes concernées. « Les technologies développées par Perfect Corp s’adaptent véritablement aux besoins et enjeux des marques », souligne Sylvain Delteil. 

Perfect Corp a fait le choix fort de ne pas conserver les données faciales. Lorsqu’un utilisateur réalise un diagnostic sur le site d’une marque partenaire, le selfie reste sur son téléphone et disparaît naturellement en fin de session, ce qui permet de garantir la conformité avec le RGPD européen et les réglementations applicables dans d’autres marchés.

Diagnostic numérique : les enseignements du terrain

Les retours d’expérience partagés par certaines maisons partenaires de Perfect Corp confirment l’impact concret de ces dispositifs. C’est notamment le cas de la Maison Valmont. Suite au déploiement d’un outil de diagnostic de peau avec recommandations, le taux de vente en ligne a été multiplié par trois. En parallèle, après avoir réalisé un diagnostic, le nombre de personnes acceptant de transmettre leurs coordonnées à la marque augmente d’environ 50%. Et, environ un quart des personnes ayant effectué le test en ligne recherchent ensuite le point de vente physique le plus proche. Un phénomène comparable s’observe, par ailleurs, dans le monde de la joaillerie et de l’essayage virtuel de bijoux : après avoir essayé virtuellement une pièce, certaines personnes souhaitent immédiatement identifier la boutique la plus proche ou prendre rendez-vous. Le diagnostic numérique, loin de se substituer au contact humain, semble donc parfois l’encourager.

Face à des besoins des consommateurs en constante évolution, l’IA offre plusieurs pistes, ainsi que de nouvelles perspectives. Lors de l’événement Luxe Intellegenc.IA organisé le 1er juillet dernier par le think tank et cabinet de conseil en transformation digitale et durable, Hub Institute, Clarins a ainsi expliqué que ses clientes ont détourné l’usage premier de l’agent conversationnel du site internet, initialement pensé pour traiter les demandes de service après-vente et désengorger la hotline, en lui demandant des conseils produits. « Les consommateurs recherchent de la personnalisation et du conseil éclairé. Les marques ne peuvent plus se contenter de faire du marketing ou de proposer le même produit à tout le monde. Elles doivent pouvoir montre qu’elles les connaissent et qu’elles peuvent leur proposer une recommandation relativement précise en fonction de ses caractéristiques », analyse Sylvain Delteil. 

IA générative et agentique : les prochaines frontières

Perfect Corp travaille aujourd’hui sur deux axes technologiques qui dessinent les contours de la Beauty Tech de demain. Le premier est l’IA générative, déjà intégrée dans ses outils. L’essayage virtuel de coiffures en est un exemple parlant. Avec les technologies traditionnelles, il est possible de projeter virtuellement une nouvelle coupe sur le visage d’un utilisateur, mais le résultat peut présenter des imperfections visuelles, notamment au niveau des contours, là où les cheveux générés se fondent avec le visage réel. L’IA générative résout ce problème, car elle permet à un utilisateur d’essayer une nouvelle coiffure en quelques secondes avec une jonction entre le visage et les cheveux beaucoup plus naturelle. Perfect Corp propose par ailleurs de nombreuses API permettant aux marques de taille plus modeste d’accéder à ces fonctionnalités sans investissement technologique lourd. Qu’il s’agisse d’essayer une nouvelle coiffure, des vêtements ou de transformer un portrait, les données sont traitées dans le cloud et le résultat est renvoyé directement sur le site de la marque.

Le second axe exploré par Perfect Corp est l’agentique, ou Agent-to-Agent (A2A). Une marque disposant de son propre agent conversationnel peut ainsi, face à une demande de conseil beauté, faire appel automatiquement à l’agent spécialisé de Perfect Corp, comme un conseiller en boutique qui irait chercher son collègue expert. « La combinaison d’une IA générative conversationnelle avec des diagnostics reposant sur le Deep Learning pourrait être extrêmement puissante : il serait ainsi possible de discuter avec un agent capable de vous conseiller tout en s’appuyant sur un diagnostic techniquement et scientifiquement solide », estime Sylvain Delteil.

Données et impact environnemental : les enjeux de demain

L’usage croissant de l’IA, notamment l’IA générative, soulève bien évidemment la question de l’impact. « En tant que société, il s’agit de déterminer ce que nous souhaitons ou non accepter en termes d’usages. Se pose aussi la question des réglementations sur le coût carbone de certaines technologies », estime Sylvain Delteil. Les grandes maisons de cosmétiques, particulièrement rigoureuses sur ces sujets, seraient bien évidemment impactées à ce niveau. 

« Si la réglementation le permet et que les consommateurs continuent à exprimer cette attente, alors l’IA générative continuera à se développer », conclut-il. Une manière de rappeler que dans la Beauty Tech, comme ailleurs, c’est rarement la technologie seule qui décide de son destin.

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