Bibliothèque de 366 huiles, plateforme de data génomique et lipidique, alternative biotechnologique aux silicones… SMEY développe une approche inédite de la production d’huiles pour la cosmétique, à la croisée de la biotechnologie, de l’intelligence artificielle et de la durabilité. Le point avec Heykel Trabelsi, Product Manager au sein de SMEY.
SMEY, biotech franco-allemande dont le siège est à Paris et le laboratoire à Munich, démontre qu’il existe une autre façon de produire des huiles pour la cosmétique. Une façon qui ne dépend ni des récoltes, ni des terres agricoles, ni des chaînes d’approvisionnement mondiales : la fermentation de levures. Grâce à sa plateforme de data génomique et lipidique qu’elle présente comme le socle de toute sa démarche, SMEY cible les acteurs de la cosmétique qui utilisent des huiles dans la formulation de leurs produits et cherchent des profils inédits, voire impossibles à obtenir par les voies végétales traditionnelles. En capitalisant sur la fermentation, SMEY ouvre ainsi de nouvelles voies et contribue à développer de nouveaux profils.
Une bibliothèque de 366 huiles, guidée par l’IA
Là où la plupart des acteurs positionnés sur la fermentation de précision se concentrent sur une souche de levure et cherchent à l’optimiser pour obtenir un produit cible, SMEY a adopté une logique inverse. L’entreprise a constitué une bibliothèque, baptisée NOY, pour Neobank of Yeasts, qui recense des centaines de levures jusqu’ici non testées. À ce jour, ce portefeuille compte plus de 366 huiles aux profils différents.
« Pour identifier les souches à potentiel industriel sans avoir à toutes les tester, SMEY mobilise l’intelligence artificielle. Un séquençage génomique permet de ne travailler que sur des souches non encore exploitées par d’autres acteurs du marché, et de prédire les capacités d’une souche ainsi que le type de profil lipidique qu’elle peut produire », explique Heykel Trabelsi. SMEY ne retient ensuite que les souches capables de produire plus de 20% de leur poids en huile. La fiabilité de ces prédictions est estimée à environ 88%, ce qui permet de gagner significativement du temps et de guider les choix de R&D de façon rigoureuse. La fiabilité de ces prédictions est estimée à environ 88 %, ce qui permet de réduire significativement le temps consacré au screening expérimental et d’orienter de manière rigoureuse les choix de R&D, en priorisant au laboratoire les levures présentant le meilleur potentiel de production d’huiles. L’ensemble de ces données est compilé et mis à disposition via Lipid Atlas, une plateforme accessible par abonnement depuis un mois et demi. Élément différenciant : Lipid Atlas affiche les profils réels des huiles prêtes à l’emploi pour les formulateurs. Concrètement, un formulateur peut y consulter un catalogue et trouver une huile avec les propriétés spécifiques dont il a besoin. SMEY travaille par ailleurs à une nouvelle version de cette plateforme, pensée pour accompagner plus précisément les formulateurs dans leurs besoins de recherche et de formulation.

L’enjeu de la sensorialité
La question de la prédiction sensorielle constitue un véritable challenge technique et technologique. Il s’agit, en effet, de pouvoir relier les profils lipidiques à des sensations cutanées spécifiques. « Encore aujourd’hui, la démarche est complexe. Décrypter le génome nous permet d’obtenir le profil des acides gras, mais la sensorialité fait intervenir d’autres paramètres dans un environnement multi-factoriel qui expose à des milliards de possibilités », souligne Heykel Trabelsi. Les équipes IA et R&D de SMEY sont mobilisées pour obtenir des résultats tangibles et des prédictions fiables.
Nous apportons une voie biologique qui peut certes apparaître plus chère, mais qui a vocation à être plus compétitive, responsable et écologique.
Heykel Trabelsi
Noyl Silk : une alternative biotechnologique aux silicones
Parmi les huiles développées par SMEY, Noyl Silk occupe une place à part. Cette huile inédite a été conçue pour imiter les effets sensoriels du silicone, dont la réglementation encadre de plus en plus strictement certaines formes, en particulier les silicones cycliques D4, D5 et D6. Pour Heykel Trabelsi, l’objectif n’est néanmoins pas de remplacer le silicone en tant que matière, mais bien d’en reproduire les effets sensoriels par une voie biotechnologique.

Sur cette dimension sensorielle, Noyl Silk permet de décliner plusieurs sensations à partir du même pourcentage d’huile et de quelques additifs : effet sec, brillance, pénétration rapide. Pour les formulateurs, cette flexibilité constitue un avantage concret. Les premiers retours commerciaux, notamment lors de la participation de SMEY à Cosmetic 360, ont été très positifs. D’ailleurs, tous les claims de la marque s’appuient sur les feedbacks des clients.
Au-delà des silicones, SMEY peut produire localement par fermentation des équivalents d’huiles végétales courantes (palme, avocat, amande, argan) sans dépendance aux zones de production agricole, sans saisonnalité et sans les aléas géopolitiques qui pèsent sur les coûts des matières premières importées. La production est rapide : il est possible de produire localement des tonnes d’huiles en deux semaines.
L’empreinte environnementale est évaluée en amont de la production (utilisation de l’eau, impact carbone) ce qui permet de comparer l’impact d’une tonne d’huile produite par fermentation à celui d’une tonne produite par voie agricole traditionnelle. Les résultats de cette comparaison sont, selon SMEY, très parlants. Au-delà des chiffres, la fermentation ne nécessite pas de terres agricoles, ce qui constitue un levier direct de lutte contre la déforestation.
Un modèle économique en cours de déploiement
Produire des huiles par fermentation à grande échelle nécessite des volumes importants pour abaisser le prix unitaire. L’entreprise reconnaît que ses huiles peuvent aujourd’hui paraître plus chères que leurs équivalents végétaux, mais estime que leur compétitivité s’améliorera à mesure que les volumes de production augmenteront et que les acteurs de la cosmétique intégreront progressivement ces huiles dans leurs formules, laissant ensuite le consommateur faire ses choix selon ses propres critères. « Les évolutions réglementaires, qui valorisent les alternatives plus durables, contribuent à favoriser l’adoption de ces alternatives », ajoute Diana Piemari Cereda, Head of Marketing & Partnerships.
Sur le plan commercial, SMEY développe son activité en B2B, à travers sa présence sur des événements professionnels : Cosmetic 360, Making Cosmetics à Milan, Cosmoprof Bologna, et in-cosmetics à Paris et Barcelone. Dans cette démarche, Lipid Atlas joue également un rôle central. Au-delà, la jeune pousse développe des partenariats aussi bien dans le domaine de la cosmétique que le monde du food, qui est également directement concerné par les alternatives proposées par SMEY.
