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13 mai 2026

Cosm’Agri Business Day 2026 : l’eau, défi stratégique de l’industrie cosmétique

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Cosm'Agri Business Day 2026 l'eau, défi stratégique de l'industrie cosmétique - The Beauty Analyst
Image : Cosm'Agri

Suite au succès de sa première édition tenue à Bordeaux en mai 2025, le Cosm’Agri Business Day pose ses valises à Lyon le 9 juin prochain. Cette année, l’événement place l’eau au cœur de ses débats. Une ressource sous pression dont les tensions hydriques fragilisent déjà des filières d’approvisionnement entières à l’échelle mondiale.

Partenaire presse officiel de l’événement, nous avons échangé avec Sandrine Lecointe, l’une des fondatrices du Cosm’Agri Business Day. Elle revient sur les enjeux de cette édition et les mesures que l’industrie cosmétique doit engager face au défi hydrique.

Pourquoi avoir choisi l’eau comme thématique centrale de cette deuxième édition de Cosm’Agri ?

L’eau s’est imposée comme une évidence.

Plusieurs alertes se succèdent et il faut les regarder en face et prendre les dispositions qui s’imposent : en janvier 2026, l’ONU a décrété la situation de faillite hydrique au niveau planétaire ! Ce n’est pas rien ! Sans oublier que nous avons franchi la 6ème limite planétaire de l’eau douce, depuis 2022, sur les 9 limites que nous avions. Ce sont des signaux forts que notre industrie ne peut plus ignorer !

Par ailleurs, lors de notre première édition à Bordeaux, les échanges entre agriculteurs et industriels de la cosmétique ont révélé un angle mort : nous parlions beaucoup de climat, de sols, de pratiques agricoles régénératives, mais l’eau, cette ressource qui irrigue littéralement toute notre chaîne d’approvisionnement, des champs à notre peau, restait bien trop en arrière-plan. Or les alertes s’accumulent, comme les sécheresses de 2022 et 2023 qui ont fragilisé des filières entières en France, comme celle des vignes par exemple.

On a des bassins versants sous tension. Des fleuves qui rétrécissent (comme le Rhône, sur lequel nous nous retrouverons d’ailleurs le 9 juin !). Des nappes phréatiques qui ne se rechargent plus au même rythme.

Et à cela s’ajoute une pression réglementaire croissante qui va nous concerner directement. L’EUDR, le règlement européen contre la déforestation entrera en application au 30 décembre 2026 pour les grandes entreprises , et il concerne des ingrédients clés de nos formulations : huile de palme, cacao, mais aussi des dérivés directement utilisés en cosmétique . Ces filières sont précisément celles qui subissent les plus fortes tensions hydriques à l’échelle mondiale. 

Et il y a aussi la DERU, la Directive sur les Eaux Résiduaires Urbaines, qui va quant à elle imposer à notre industrie de repenser ses rejets et ses procédés industriels liés à l’eau, depuis la fabrication jusqu’à la fin de vie du produit. 

Ces deux textes qui, ensemble, dessinent une nouvelle ère de responsabilité pour notre secteur.

Pour l’industrie cosmétique, dont une grande partie du sourcing repose sur des plantes cultivées en plein champ, c’est une menace directe sur nos formulations à venir, si nous sélectionnons mal nos matières premières dès aujourd’hui.

Nous avons donc une responsabilité : celle de mettre ce sujet au centre, de la graine jusqu’au produit fini, et le faire ensemble, producteurs et industriels, plutôt que chacun dans son coin.

Notre industrie est en pleine transition et le lien avec nos producteurs devient urgent. Car sans eau, il n’y a plus d’industrie, ne l’oublions pas.

L’événement s’ouvre avec un hydrologue, un profil inhabituel dans un événement cosmétique. Pourquoi ce regard extérieur est nécessaire ? 

Je ne trouve pas cela si particulier. Si la thématique était sur les sols, nous aurions fait appel à un pédologue. L’année dernière, nous parlions du climat lors du Cosm’Agri et nous avions fait appel à Serge Zaka, un agroclimatologue. 

Faire appel à des spécialistes de l’eau (via l’association « Pour une Hydrologie Régénératrice ») fait sens pour notre seconde édition.

Nous avons tous tendance à raisonner dans notre silo : une marque cosmétique pense formule, packaging, réglementation. Un agriculteur pense rendement, météo, marché. Mais personne ne nous parle du cycle de l’eau dans sa globalité : de ce qui se passe dans les sols, nos champs, nos territoires, etc. 

Un hydrologue, c’est quelqu’un qui lit le territoire autrement. Il peut nous dire, données à l’appui, ce qui se passe réellement sous nos pieds et ce qui nous attend à horizon 2030-2040 et quelles solutions avoir pour préserver nos sols et nos eaux. 

C’est un ancrage dans la réalité scientifique, avant même d’entrer dans les solutions. Sans ce cadrage, on risque de débattre de recettes sans comprendre la maladie. Et pour que les décisions des politiques, des industriels, des agriculteurs soient à la hauteur des enjeux, il faut d’abord partager le même diagnostic et traduire cela dans nos prises de décisions de marques.

Cultiver avec moins d’eau, trouver des ingrédients moins gourmands, repenser les procédés industriels, par où commence-t-on quand on est une marque cosmétique ?

On commence par une prise de conscience et une cartographie honnête de sa dépendance à l’eau. Pas seulement l’eau dans le flacon, mais l’eau cachée, celle qu’il a fallu pour cultiver le blé, la rose, l’olive, la tomate, la lavande, le karité, que sais-je !. Beaucoup de marques n’ont pas encore fait cet exercice. C’est à mon sens le premier pas. Ensuite, le dialogue en direct avec ses producteurs. Comprendre leurs enjeux pour anticiper ses approvisionnements et les sécuriser ! 

Certains agriculteurs ont déjà engagé des transitions remarquables : fin du labour à outrance et de la monoculture, etc. Bonjour l’agroécologie, l’agroforesterie, l’irrigation de précision, la sélection variétale adaptée aux tensions hydriques du territoire. Les solutions durables sont très nombreuses et il serait faux de dire qu’elles ne fonctionnent pas !

Une autre des solutions en tant qu’industriels est de les accompagner financièrement et contractuellement dans ces changements ; et pas seulement d’en bénéficier une fois que c’est fait.

Sur les procédés, des leviers existent aussi : extraction à froid, économie circulaire de l’eau en usine, valorisation des eaux usées, reformulation vers des ingrédients naturellement moins exigeants en eau, etc. Mais tout cela demande du temps et de l’investissement. C’est pourquoi il faut commencer maintenant, et pas en 2030.

En 2021, des producteurs espagnols disaient déjà ne plus pouvoir fournir l’industrie cosmétique. Cinq ans plus tard, où en est-on ? 

La situation ne s’est pas arrangée malheureusement. Elle s’est précisée et, par endroits, aggravée. Ce que certains vivaient comme un accident climatique en 2020-2021 est devenu une tendance de fond. Des zones de production historiques pour la cosmétique en Espagne, en Italie ou au Maroc, mais aussi dans le Sud de la France, font face à des déficits hydriques structurels et arrêtent de produire pour notre industrie et se concentre pour l’alimentaire.

La bonne nouvelle, c’est que cela a créé comme une prise de conscience accélérée dans notre industrie je trouve. 

Des filières de substitution se développent petit à petit, des partenariats agricoles se relocalisent. Mais soyons honnêtes : on est encore dans les prémices. La majorité des chaînes d’approvisionnement cosmétiques n’ont pas encore intégré le risque hydrique dans leur stratégie à long terme. Et c’est exactement pour ça que Cosm’Agri existe : pour que ces conversations difficiles aient lieu, entre les personnes qui cultivent et celles qui formulent, avant que la rupture soit consommée.

Le Cosm’Agri Business Day se tiendra le 9 juin 2026 au Théâtre Flottant l’Île O, de 9h00 à 18h30.

Programme et inscriptions disponibles ici.

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