Né dans la Silicon Valley, le biohacking ne se limite plus à l’optimisation des performances ou du sommeil : il gagne aussi le secteur de la beauté. Dans son étude consacrée au marché de la longévité et du biohacking, Les Échos Études analyse six segments, de la médecine préventive aux nutraceutiques, en passant par les objets connectés et les thérapies régénératives. La cosmétique figure parmi eux, avec une maturité contrastée en France et un potentiel de croissance à l’horizon 2030.
De l’anti-âge à la « beauty longevity »
Le premier glissement est sémantique. Là où l’anti-âge traduisait un combat contre le temps, perçu comme subi, la longévité véhicule une vision plus positive, centrée sur la préservation du capital à tous les âges. L’étude parle d’une « hybridation du marché », à la croisée de la santé, du bien-être et de la beauté.
Ce repositionnement, vers la « beauty longevity », élargit la cible à un public plus jeune, en quête de prévention avancée. Le rapport souligne également que le vieillissement de la génération X (personnes nées entre 1965 et 1980) représente aussi un enjeu pour le marché des soins anti-âge.
Prévenir, accompagner, transformer
L’étude distingue trois approches de la longévité, que l’on peut appliquer à la beauté. La prévention vise à préserver le capital santé et beauté le plus tôt possible. L’accompagnement cherche à réduire les dysfonctionnements liés à l’âge. La transformation, enfin, ambitionne d’aller au-delà du soin traditionnel pour inverser les effets du temps et réparer certains dommages déjà causés, avec l’aide de la technologie.
La donnée au cœur de la cosmétique prédictive
La cosmétique prédictive figure parmi les huit zones de création de valeur à l’horizon 2030. Cette approche vise à anticiper les besoins de la peau à partir de mesures et de données, plutôt qu’à intervenir uniquement lorsque les signes du vieillissement sont visibles.
La peau entre ainsi dans le champ du biohacking : comme d’autres paramètres biologiques, elle devient un indicateur à suivre pour anticiper les besoins et ajuster les soins.
Ce glissement rebat aussi le modèle économique. La création de valeur pourrait davantage reposer sur l’ensemble du parcours : diagnostic, recommandations personnalisées et suivi continu, notamment grâce à l’intelligence artificielle.
Les trois phases du marché de la longévité
Trois grandes vagues de création de valeur se dessinent entre 2026 et 2035. La digitalisation, de 2026 à 2030, repose sur les objets connectés, l’IA, les tests et le coaching. La biologisation, de 2029 à 2033, fait davantage intervenir les biomarqueurs, les diagnostics et la médecine préventive. Enfin, la thérapeutisation, entre 2033 et 2035, ouvre la voie à des approches plus médicalisées, notamment les gérothérapies et la médecine de précision.
La longévité, un nouveau levier pour le luxe
Dans le luxe, la longévité favorise la montée en gamme, à travers des soins premium et des services personnalisés.
Cette effervescence soulève toutefois des questions éthiques, entre surenchère marketing et promesses survendues. Le « wellness washing » désigne cette tendance à s’emparer du vocabulaire de la longévité sans toujours disposer des preuves nécessaires.
